Licône représentaant
l'Odalisque se trouve dans la zone jaune, à côté
de la Joconde
La Grande Odalisque par Ingres
Commandée en 1813 par la reine Caroline
Murat, pour faire pendant à la "Dormeuse
de Naples", acquise par son mari à Rome en 1809, la grande
odalisque, peinte en 1814 fut livrée par Ingres en décembre 1814.
Ingres s'est réclamé d'une longue tradition
classique, qui va des nymphes antiques, des nus de Raphaël ou
de Titien à Canova.
Toutefois sa peinture défie les catégories
de l’histoire de l’art. Elle est trop libre dans l’érotisme, dans
la forme présente une fusion des genres qui laisse les
critiques perplexes, et il ne cesse en fait de transgresser ces
mêmes codes classiques. Pour les critiques d'art “Ingres
est un défi à tout académisme : nus feminins serpentins à l’échine
trop longue, jambes trop courtes ou trop larges, bras inégaux
parfois démesurés, corps étirés , déformés pour les nécessités
de la composition et du cadre. " ou encore « M. Ingres ne
tend à rien moins qu’à faire rétrograder l’art de quatre siècles,
à nous reporter à son enfance. » Moderne avant l’heure, on peut
comprendre que les artistes du XXe siècle l’aient tenu pour un
modèle, et un rempart à l’académisme,
Sur le tableau, on ne voit pas d'ombre portée
du corps, cela renforce la sensation que c'est du corps lui-même
que vient la lumière. Sensation renforcée encore
par le contraste créé par l'arrière-plan
sombre. Qu'importe qu'il y ait 3 vertèbres de plus à
la colonne vertébrale, que les bras soient trop longs...
Ce que veut Ingres, ce n'est pas faire donner une description
du corps, ou de nous le monter comme objet de péché,
mais comme une invatation au plaisir. Ingres affiche sa liberté
par rapport aux lois de l'anatomie et de la proportion des corps.
"Pour affirmer le caractère, une certaine exagération est permise,
nécessaire même quelque fois mais surtout là où il s'agit de dégager
et de faire saillir un élément du Beau". Remarquez la chaleur
dégagée par le corps, sa couleur chaude, son ondulation
lascive. Le musicien qu'était aussi Ingres, nous montre
la montée chromatique du plaisir, des pieds dont on remarque
la blancheur froide, au visage marqué du rouge du plaisir.
En réponse aux critiques de ses détracteurs, Ingres dit “Jamais
un corps de femme n’est trop long“. Il prône l’exagération de
la ligne, ce qu’il appelle “corriger la nature par elle-même“.
A ses élèves, il conseille : “insistez sur les traits dominants
du modèles …poussez-les s’il le faut jusqu’à la caricature. Je
dis caricature afin de mieux faire sentir l’importance d’un principe
si vrai.”
Si Ingres met l'accent sur l'impression, et
met la forme à son service, ne peut-on imaginer qu'il influença
l'école impressionniste, dans la forme? Il est amusant
de penser qu'Ingres était classé parmi les "académiciens"
que l'on opposait à la nouvelle vague de l'école
de Barbizon. Il n'en reste pas moins que la peinture d'Ingres
restait classique quant à sa gestion de la couleur. L'Odalisque
d'Ingres est l'une des oeuvres majeures d'un novateur. N'oublions
pas que le maître est de Montauban et que les gens de Montauban
sont de bons vivants !